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Nom du blog :
ombredu10mai
Description du blog :
Un conflit hors d'age dans une entreprise hors temps. Les STURNO et leurs amis sont les bienvenus.
Catégorie :
Blog Société
Date de création :
08.01.2008
Dernière mise à jour :
06.11.2009

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Michel.

Publié le 06/11/2009 à 10:38 par ombredu10mai
Un peu bourru, le regard vif et le verbe facile, Michel porte haut les 110 propositions de François Mitterrand.
Derrière une moustache de sapeur, sa parole et ses mots sont ostensiblement à gauche, son discours n’est jamais de circonstance.
Les idées généreuses du socialisme, il les porte ancrées au plus profond de ses pensées.
Michel Letellier est un combattant avant d’être un politique, un politique avant d’être un carriériste.
De longues semaines se sont passées depuis le conflit au bas de la rue des grèves. Les vagues de licenciements programmées par un syndic froid et comptable, saignent chaque jour un peu plus les armées militantes.
Dans ce pays où l’ombre du 10 mai plane encore sur les chantiers de la STURNO, quelques maigres espoirs reposent sur cette expédition vers la rue de Grenelle.
Alain m’accompagne.
Nous devons être reçus par Jean AUROUX, ministre du travail.
Michel s’est fait accompagner par le Conseiller Général de Pontorson et un responsable de la CGT.
En ce début décembre 1981, la lourde machine de guerre antisyndicale est en route.
Licenciés dés le 28 octobre, deux jours après la reprise du travail, les six délégués trouvent chaque matin porte close à la STURNO ;
Les patrons ont décidé de passer outre le refus du comité d’entreprise et de l’inspecteur du travail.
Triangle de Rocquencourt, descente sur Paris, la pointe de la tour Eiffel, tunnel de saint Cloud.
Par la porte Dauphine, les provinciaux de l’Avranchin s’offrent un petit coup d’œil au pied de l’arc de triomphe.
Il est 9heures du matin.
Un huissier nous ouvre les lourdes portes du Ministère du travail.



4 Novembre, mobilisation prégnante.

Publié le 27/10/2009 à 16:24 par ombredu10mai
Nous sommes le 4novembre.
C’est la première réunion du comité d’entreprise depuis le conflit.
Derrière ses lunettes écaillées, les yeux de cet ancien militaire de carrière sont sans regard, vides de toute expression, froids et minuscules.
Sa moustache grisonnante cache mal un sourire de satisfaction non feinte, annonciateur de nouvelles réjouissantes, de projets bien ficelés et concoctés dans un bureau sombre et humide du rez-de-chaussée.
Il représente seul la direction, exception faite d’un membre titulaire élu sur une liste de syndicat jaune.
Son propos lourd parle d’un conflit aux conséquences financières inquiétantes pour la pérennité et la survie de la STURNO.
On connaît la chanson. Et les premières réactions des délégués sont là, pour lui rappeler l’hermétisme constant et inadmissible d’une équipe préoccupée par des considérations économiques non compatibles avec des conditions de plus en plus dégradées sur les chantiers… par de tenues de travail, pas de chaussures de sécurité, des tranchées profondes et non étayées, des cadences considérées par tous comme infernales, des conditions de vie au travail extrêmement difficiles…
De toute évidence, il n’a rien compris.
Ce matin là, à 9 heures 30, pour faire suite aux lettres adressées à 6 premiers camarades, il demande l’autorisation de licencier.
En réponse à cette provocation évidente annonciatrice de nombreuses autres lettres à venir, les chantiers débrayent à 15 heures.
Un rappel pour démontrer que la mobilisation est toujours prégnante.
Les STURNO ne se laisseront pas faire.

Le chiffon rouge est de retour.

Publié le 19/10/2009 à 15:26 par ombredu10mai
28 Octobre 1981.
Deux jours de reprise.
Dans ce bureau vide, je tourne dans l’espace des douze mètres carrés de ma cage professionnelle.
Je tourne aussi dans ma tête et mesure l’injustice de cette reprise qui fait de chacun de nous des combattants de l’impossible, des otages du patronat, des individus dans une souricière.
Les acquis sont faibles et il faudra d’une façon ou une autre reprendre la lutte, tôt ou tard, demain, dans un mois, dans un an.
Midi.
Je reprends la route avec Alain. Je lui ai demandé de venir déjeuner chez moi.
C’est un plus pour l’ambiance au foyer. C’est difficile d’expliquer l’inexplicable.
L’heure n’est pas à l’abandon du combat, l’heure est à la réflexion, à la stratégie de poursuite.
Cette fois-ci, nous laissons le Grand Chien sur le bord du chemin.
Le facteur est passé.
Au fond de la boite aux lettres, un courrier. Je connais cette écriture, celle de l‘adresse manuscrite, celle du Directeur adjoint.
Rien de bon qui vaille… j’ouvre l’enveloppe de la STURNO.
Les mots sont choisis, les termes froids et assassins, les ponctuations claquent comme autant de coups de fouets.
Je suis licencié pour faute lourde. La séquestration des patrons me revient comme un boomerang.
Voilà… s’il fallait une bonne raison pour ne pas quitter le champ de bataille, cette missive me rappelle que les combats perdus sont ceux que l’on n’engage pas.
Après un premier réflexe d’appréhension et de recul, l’heure des armes sonne à nouveau à ma porte.
A la même heure, Alain et cinq autres camarades reçoivent le même encouragement à la poursuite de la lutte.
Le chiffon rouge est de retour.

Le temps des miettes.

Publié le 07/10/2009 à 16:22 par ombredu10mai
Le temps des miettes.
La sortie d’un conflit c’est aussi le temps des comptes en termes d’acquis.
A la STURNO, le compte fut vite fait.
Grands seigneurs, et ce mot reflétait l’esprit de féodalité ambiante régnant rue des grèves, les patrons nous firent payer au prix fort cette révolte comme au bon temps des canuts. Le prix de la reprise fut celui du passage sous les fourches caudines , celui de la défaite d’Alésia, celui de la forêt de Rethondes.
Dans cette salle obscure où l’adjoint au PDG absent daigna nous recevoir, la distribution des miettes ne dura pas plus d’un quart d’heure.
L’énumération de nouveaux acquis, récompense de trois semaines de conflit ne prit guère le temps que de les oublier… une tenue de travail, une paire de chaussures de sécurité, le tout payé par le comité d’entreprise. Ces deux points ne furent que la mise en conformité avec les conventions collectives.
Et puis une augmentation de 3% de salaire, augmentation légalement prévue, et, comme un cadeau, une cerise sur un gâteau inexistant, un acompte sur salaire avancée de dix jours..
Quelques jours après,les procédures de licenciements frappèrent des dizaines de travailleurs sur les chantiers et les bureaux, grévistes et délégués du personnels furent bien entendu les premières cibles d’un épuration menée tambour battant.
Les miettes et la répression.

Une table, une chaise, un téléphone.

Publié le 25/09/2009 à 12:43 par ombredu10mai
Une table, une chaise, un téléphone.
Je tourne la poignée de laiton.
Depuis trois semaines je n'ai pas passé le seuil de l'entreprise.
Seul dans cet escalier de service, je monte d'un pas lourd les quelques marches en bois qui annoncent par craquements mon arrivée.
Le bureau du PDG est curieusement ouvert.
Il est là. Assis dans son fauteuil de cuir noir, il tire sans volupté sur un Laranaga.
Il a maigri et son regard semble perdu dans un horizon qu'il interroge, un passé qu'il a fui, un présent incertain, un futur qui lui échappe.
Il me dévisage.
Je n'ai pas vu ce personnage depuis le 7 octobre dernier.
Rencontre brève et violente, les camarades dans la cour, les revendications, la fin de non recevoir et la fuite vers cette clinique de Villedieu d'où les rumeurs les plus insistantes accréditeront la thèse d'un homme réfugié pour fuir ses responsabilités... rumeurs ou réalités ?
Plus de nom sur la porte de mon bureau.
Je pousse doucement mon pas.
Mes affaires professionnelles ont disparu.
Une table, une chaise, un téléphone.
Je n'existe plus en tant que métreur.
Le combat commence, le vrai combat, celui de la reconnaissance de l'homme au travail, de la dignité par le travail.
Ce sera long. Trés long.

Ombre du 10 mai Saison II.

Publié le 17/09/2009 à 08:44 par ombredu10mai
On y arrive.
La grève laisse sur le sable déceptions, amertume, et parfois regrets.
La reprise renvoie vers de nouveaux combats, les vrais combats, ceux qui voient se confronter ceux qui croient avoir gagné, par ignorance des réalités sociales, par mépris de l’autre, par bêtise et les autres, ceux qui ont rejoint les tranchées avec dans leur besace les maigres acquis de la lutte mais la force de la solidarité et la rage au ventre, cette rage qui vous donne encore la force d’affronter les lendemains le drapeau à la main, le cœur au combat.
La saison II que j’ai commencé à coucher sur ce Blog, c’est la saison des traques, des poursuites prévues contre les meneurs, des listes préétablies qui enverront vers l’échafaud des dizaines de camarades.
La saison II, c’est celle des révélations sur ces deux fausses séquestrations qui seront les prétextes idéaux pour les poursuites judiciaires et les licenciements des représentants du personnel.
La saison II, c’est aussi celle des traites et des vendus, celle des «jaunes », ceux qui dénoncèrent auprès des patrons qui n’en attendaient pas tant, la liste de ceux qu’il fallait envoyer sur le billot, des bourgeois de Calais qui préférèrent accepter des postes dans cette nouvelle organisation de l’entreprise sans syndicat et sans scories
La saison II, c’est aussi la connivence objective des dynasties locales (voir ombre du 10 mai), qui derrière leurs certitudes de petits bourgeois aux cultures construites au creux des bénitiers se mirent au service des forces revanchardes et des classes dominantes.
Voilà… ceux qui ont lu « l’ombre du 10 mai » trouveront dans cette saison II la suite, celle des maigres acquis, celle des vagues brunes de licenciements massifs, celle de la poursuite impitoyable des délégués du personnel, celle du juge Valentin et des 6 mois de prison avec sursis, du chômage et des ruptures définitives avec les familles aidés en cela par la participation active des proches, et puis, la suite et la reconstruction de vie qui me permet aujourd’hui de poser à votre porte ces témoignages.
Dans la mesure du possible, comme un distributeur de Gazette, je glisserai dans ce Blog, un billet hebdomadaire qui, je l’espère vous fidélisera avec un récit qui après tant d’années, me parait être encore d’actualité et qui, si vous le souhaitez peut devenir un point de vigilance dans ce monde qui change tellement peu, et où les « tauliers » font toujours la pluie et le beau temps.
Enfin, dernier souhait, c’est que nous établissions de vrais échanges par le biais de commentaires et de courriels.

Lisière d'affrontement.

Publié le 11/09/2009 à 08:20 par ombredu10mai
Lisière d'affrontement.
Ce matin du 26 octobre 1981, je m’en souviens.
La brume du petit jour, identique à celle de la première aube du conflit le 7 octobre.
Même ambiance de regards glacés entre des travailleurs épuisés par trois semaines de confrontations et des cadres pétris de certitudes et d’incompréhension, deux visions opposée du monde du travail et des relations sociales, deux mondes que l’explosion des colères légitimes des forçats des tranchées avaient éloigné encore plus les uns des autres.
Les grévistes sont tous là.
Encore très nombreux après tant de jours de combats et de mobilisation.
La détermination parait intacte mais les fatigues accumulées dans les nuits sans sommeil et des matins incertains se lisent sur chaque visage.
A ce moment, il semble évident que l’hermétisme des adversaires et leurs portes closes ont créé un climat peu contrôlable.
Je sens qu’il faudrait peu pour que l’affrontement ne devienne physique, l’envie d’en découdre et d’en finir coûte que coûte est palpable.
Ces instants sont inoubliables

Enigmes et petits papiers.

Publié le 03/09/2009 à 17:14 par ombredu10mai
Les forces de l’ordre ne font pas dans la dentelle.
Dans cette salle de la cour de l’entreprise, tables et chaises ont perdu leurs repères et jonchent le parquet.
Au fond, une corbeille déborde de petits papiers aux bouts de messages énigmatiques.
Des noms, des adresses, des numéros de téléphone, des lieux, des dates… un puzzle qui, reconstruit, donnera aux STURNO quelques clés sur les circonstances de cette intervention pour libérer les patrons.
La reconstruction par confettis interposés de cet épisode du conflit, me rappelle cette nuit où la gauche du 10 mai est venue prêter main forte au patronat de l’Avranchin, dans cette rue des grèves au nom prédestiné.

Chasse à courre.

Publié le 29/07/2009 à 15:10 par ombredu10mai
Chasse à courre.
Lorsque tout est terminé, que chacun, le ventre vide de trois semaines de combats vains et épuisants retourne en fonds de fouille, les rancoeurs et les amertumes glissent par terre avec le retour des pluies verglaçantes et les cadences infernales.
Les petits chefs ne peuvent gérer l'ingérable. Les positions autistes laissent là, au creux des tranchées des travailleurs amers et toujours sûrs de leur bon droit.
La conscience ouvrière ne fait pas bon ménage avec les certitudes de dirigeants tant éloignés de réalités quotidiennes.
Tandis que la ville résonne encore des grondements des colères légitimes des STURNO, les autorités soufflent un peu et les politiques donnent le signal des répressions à venir.
L'après grève c'est le vrai combat.
L'après conflit c'est la confrontation des individus disséminés et vulnérables.
C'est la chasse à courre.

Emotion.

Publié le 20/07/2009 à 09:25 par ombredu10mai
Lorsque j'ai couché sur papier les quelques pages de l'ombre du 10 mai, je ne soupçonnais pas le retour emotionnel auquel je serais confronté.
L'accueil est bon et les messages, notamment sur mon adresse courriel (caussade64@hotmail.com) vont droit au coeur de ma sensibilité.
L'histoire des "STURNO", c'est l'itinaire d'un homme perdu dans un univers qui ne lui ressemble pas, une confrontation qui le submerge et le noie.
Un conflit de ce type c'est aussi une école, celle des rapports de force, des combats de blocs, mais aussi l'école des rapports humains, des partages, des émotions communes, des fraternités indestructibles, des amitiés durables.
Si ce message passe, c'est que j'ai déjà gagné.
Le reste est sans importance.