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Nom du blog :
ombredu10mai
Description du blog :
Raviver la mémoire d'un conflit survenu en octobre 2001, à l'ombre du 10 mai.
Catégorie :
Blog Société
Date de création :
08.01.2008
Dernière mise à jour :
16.05.2008
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Les cadres se rebiffent

Posté le 16.05.2008 par ombredu10mai
Dans mon récit, le 7 octobre avec ses événements riches en rebondissements, est dérrière nous... nous sommes le 8 au matin.

Je n’ai pas bien dormi. La perspective d’un conflit long et difficile me préoccupe. Il y a comme cela des impressions, des intuitions, des situations inattendues et incontournables qui changent la vie des individus sans que le cours des événements et de l’histoire dans laquelle ils sont acteurs ne puisse être déviée. Le flot du quotidien que l’on ne contrôle pas au fil de l’eau, vous fait peur.
Lorsque je rejoins mes camarades dans les baraquements noyés dans le brouillard du petit matin de ce 8 octobre, j’ai la gueule de bois. Celle qui fait que la veille vous parait trouble et le lendemain incertain.
Autour du café, des toilettes rapides et des cigarettes rassurantes, les discussions tournent autour des plans à mettre en place de façon à débloquer rapidement cette situation dont chacun mesure ce matin la force et les difficultés.
Le retour des non grévistes, dans les bureaux ramène chacun aux réalités de la situation.


Tous droits réserves. ABC 52/64

La Nuit.

Posté le 28.04.2008 par ombredu10mai
On rentre tard.
Le repas est froid depuis longtemps. Les retours au foyer et les accueils conjugaux font place aux questions… forcément décalées, forcément hors du temps, hors de mon temps.
Depuis ce matin, j’ai vécu au rythme de la rue des grèves. Dans mon univers, les choses ont bougé.
Les périmètres d’évolution se sont limités aux espaces fixés par un conflit qui vient d’investir mes appartements privés.
Le climat frais, n’est pas celui de la fraternité laissé dans les brumes des bas d’Avranches.
La radio a déjà donné quelques échos des événements.
Bien entendu, je ne suis pas le « meneur », bien entendu ce n’est pas moi qui ai rencontré le patron que l’on dit hospitalisé depuis, bien entendu… bien entendu…
Bien entendu au cœur d’une famille reconnue et au pouvoir quasi dynastique dans cette modeste bourgade du sud manche, il ne pouvait se concevoir qu’un modeste fils d’ouvrier en chaussures puisse venir bousculer les équilibres que des révolutions n’avaient ébranlé.
Là bas, sous les abris montées dans l’urgence, Olivier, Jean-claude, Louis et bien d’autres tentent de trouver le même sommeil, les mêmes certitudes qui feront que demain il faudra trouver la force de se battre.
Demain l’heure sera au combat.
Demain, comme les jours suivants, le combat se déroulera à la rue des grèves.

Tous droits réservés. ABC. 52/64

L'inspecteur de Saint-Lô.

Posté le 23.04.2008 par ombredu10mai
Nous sommes le 22 avril 2008 et les premiers vrais signes du printemps, voire de l’été réchauffent ces quelques lignes.
Mon récit poursuit ses pérégrinations dans les méandres de l’histoire des STURNO.
Les premières manifestations dans les rues d’Avranches, de nuit notamment le 7 octobre font la une des quotidiens locaux. Elles sont aussi dans toutes les conversations des marchés environnants. A Ducey, Saint-James, Saint-Hilaire, Brécey, on ne parle que de cela.
Pendant ce temps, renseignements généraux, police, sous-préfet, élus se pressent autour cette rue brumeuse où chacun veut comprendre…
Et puis, il y a l’inspecteur de Saint-Lô. Gilbert Le Goff. La première fois que je le rencontre, j’ai un léger doute… il a à peine 24 ans, bien qu’il paraisse bien connaître le milieu dans lequel il intervient, il me parait un peu jeune pour aller mettre ses pieds dans la jungle de ce patronat campé sur des positions idéologiques, décidé à ne rien céder, soutenu en cela par une fédération qui craint la contagion.
Derrière son bureau, caché derrière un amas de dossiers, l’inspecteur travaille dans des conditions monacales. Dans cette pièce humide et mal éclairée du premier étage de ce bâtiment du centre ville de Saint- Lô, il prend des notes, pose des questions, compulse le code du travail et les conventions collectives.
Je m’aperçois rapidement qu’il connaît son sujet et qu’il ne reculera pas. Il nous sent dans notre bon droit et le fera savoir à chaque fois que cela sera nécessaire auprès des directions de la STURNO, des interlocuteurs du patronat, des autorités et des élus. Seul sur ce dossier, comme le sont souvent les inspecteurs du travail, il sera jusqu’au bout dans le camp du droit.

Tous droits réservés. ABC.52/64

A vos plumes.

Posté le 14.04.2008 par ombredu10mai
Nous sommes le 12avril 2008. La déclinaison des événements ne fera plus, à partir d’aujourd’hui de précisions sur les faits. Je continue de décliner ce qui s'’est passé, avec comme objectif final la mise à disposition auprès de lecteurs potentiels de témoignages, de preuves, de documents, de sentiments sur ces événements aussi exceptionnels que rares qui font qu’un jour, une contrée, et ceci n’a rien de péjoratif, découvre sous les cendres de sa quiétude des germes révolutionnaires, et le mot n’est pas excessif, la Basse Normandie est un Pays de Révolte, et les événements de mai 1968 peuvent en témoigner, les femmes et les hommes de cette région faussement décrits fréquemment comme des « peut-être bien qu’oui, peut-être bien qu’non » , sont en réalité de véritables combattants de l’extrême.
Ici, on se bat pour l’essentiel.
Cet essentiel, en l’occurrence, c’est la dignité, la reconnaissance de l’individu dans l’entité de l’entreprise comme outil de développement de richesses partagées… réellement partagées.
Je sais que les lecteurs de ce blog qui cherchent la suite des « aventures des STURNO » seront frustrés.
Le fait qu’ils soient lecteurs et non acteurs comme je le souhaitais à l’origine, ne m’apporte aucune valeur ajoutée par rapport à ce que je recherchais à l’origine :
Construire un événement partagé et complet sur un fait d’actualité et de société ayant eu des conséquences politiques, syndicales, sociétales dans l’avranchin et des répercutions centrales ou périphériques sur la vie de chacun des acteurs.
Je ne livre plus les faits.
Je réserve, après ce premier chapitre, les clés de ce conflit aux lecteurs éventuels de mon ouvrage que je prépare pour un futur prochain.
Cependant, si par commentaires, des lecteurs de ce blog souhaitent des précisions sur la suite, je continue, par messages partiels à décliner quelques faits, à donner quelques pistes susceptibles d’éclairer des curiosités militantes.

Tous droits réservés
ABC. 52/64.

Le quotidien des canalisateurs

Posté le 07.04.2008 par ombredu10mai
A ce moment, je ne sais encore l’ampleur que va prendre le mouvement. Je ne mesure pas l’impact de ce qui se dessine dans ce modeste chef lieu du sud Manche. Avranches va connaître le plus grand conflit d’après guerre, dans cette entreprise crée au début du siècle par un modeste terrassier qui confia les clés de la STURNO à un PDG qui les abandonnera aux portes d’une salle de réunion, par orgueil et, pourquoi ne pas le dire, par incompétence.

Dans les écoles d’ingénieurs, on ne prépare pas aux conflits, on prépare au marché, à la rentabilité, à la performance sans contre parties, à la gestion des affaires et non celles des hommes.

Maintenant, tout est devant nous. La direction vient de signer la feuille de route du conflit Il n’y a pas de discussion, encore moins de négociation, il n’y a rien puisque les interlocuteurs des patrons ne sont rien…délégués du personnel et de comité d’entreprise, imposés par un code du travail absurde et contraignant.

Dans la cour, les camarades attendent. Il s ne sont pas dupes. Les fins de non recevoir, les coups de colères, les injonctions et les ordres ; les humiliations et les brimades, c’est leur quotidien.
S’ils ont choisi d’être là, c’est pour en finir avec ces conditions de travail dont les descriptions au cour du conflit révéleront au grand jour le quotidien des canalisateurs au fonds des tranchées.

Tous droits réservés.ABC. 52/64

Frais comme un gardon

Posté le 11.03.2008 par ombredu10mai
A ce moment là, sa décision est prise. Il sabordera la STURNO s’il le faut, mais il ne cédera rien.
Il perdra. La pérennité de L’entreprise sera effectivement mise à mal, elle sera vidée des éléments jugés néfastes et dangereux par le militaire de service, mais ce qu’il ne sait pas au moment il quitte cette salle de réunion c’est que lui aussi, et ce n’est que justice, sera écarté de la direction et de l’entreprise.

Cinq minutes après, le « taulier » comme le nommera La vie Ouvrière dans un article consacré au conflit, quitte la STURNO … on ne le reverra plus pendant trois semaines. Ses plus proches collaborateurs nous diront le lendemain qu’il avait été victime d’un malaise cardiaque. Il passera une vingtaine de jours près des cloches de Villedieu, dans une clinique privée. Des sources proches de cette clinique laisseront entendre qu’il fit tout simplement une cure d’amaigrissement… invérifiable mais vraisemblable, son retour coïncida avec la fin du conflit. Il revint effectivement amaigri mais frais comme un gardon.

Tous droits réservés.ABC. 52/64.





Colère et mépris

Posté le 03.03.2008 par ombredu10mai


Dans la salle de réunion, les volutes de son cigare cachent mal le sentiment de colère et de mépris visible dans ce regard froid et haineux. Il ne nous regarde pas. Cet ingénieur des travaux publics, brillant à ce qu’il se dit dans les milieux professionnels, est confronté pour la première fois probablement dans son entreprise, à la contradiction. Personne, n’émet le moindre doute quand il parle. Ses adjoints et sa garde rapprochée de cadres soumis n’ont pas l’habitude de contrarier ce patron colérique et tonitruant.

A ses côtés, son adjoint, ancien militaire de carrière, petite mouche sous le nez, bien connu sur les chantiers pour ses visites surprises de contrôle de rentabilité, muni parfois d’une baguette et de bottes de cavalier, nous toise d’un regard hautain… il pense déjà que tout ceci terminé, il faudra nettoyer l’entreprise de tous les « syndicalistes politisés et à la solde des communistes »… dans l’armée, on sait faire… il saura faire.

Il n’y a pas d’entretien et encore moins de dialogue.
Jean-Marc n’a pas le temps d’exposer la moindre revendication, de placer le moindre mot.
Le PDG est déjà debout. Il hurle, il aboie, il vocifère ordres et menaces. Tout le monde doit rejoindre les chantiers, c’est un ordre, c’est lui et lui seul qui décide dans la boite…



Tous droits réservés. ABC 52/64.

C'est l'heure.

Posté le 25.02.2008 par ombredu10mai
La plupart sont en tenue de travail. Silencieux et dignes, ils se dirigent vers les baraquements mis à disposition des représentants du personnel depuis peu par les patrons... sur le parking, à l'écart de l'entreprise.
Leur détermination est à la hauteur de leur exaspération. Les regard sont durs, ils ne repartiront plus sur les chantiers... j'ai un moment d'hésitation... je voudrais un instant être ailleurs. J'ai besoin d'être seul, de réfléchir, de poser le problème, d'évaluer autant que faire se peut ce qui peut maintenant se passer... 200 travailleurs déterminés dans la cour, des femmes et des hommes que la direction a mené au bout du supportable, un conflit difficile en vue.
Je n'ai plus le temps, je réunis rapidement les délégués du personnel.
la liste des revendications est connue. La plupart des exigences pourraient être satisfaites par une simple application du code du travail et des conventions collectives... tenues de travail, sécurité dans les tranchées, respect des régles de déplacements, réajustements salariaux et surtout... reconnaissance et dignité dans les ateliers et sur les chantiers.
Alain, jean-Marc, Jean-louis, Olivier, Jean-Claude et moi-même, la délégation qui rencontrera le patron est approuvée et validée.
Nous sommes six ce matin là. Nous ferons tous l'objet d'une répression impitoyable après le conflit. Inspecteurs ou Directeurs du travail, Ministres, personne n'y pourra rien.
Le pouvoir du 10 mai 1981, n'entamera pas celui des patrons de la STURNO.
Dans la cour, certains agents de bureau nous ont rejoint.
Une dernière fois, Alain reprend les revendications qui sont des bases de négociation.
Ultime précision adressée, sans conviction, nous sommes sur la base d'une grève de 24 heures... vraiment sans conviction.
La berline du patron entre dans la cour. Un frisson parcourt l'assemblée. La portière claque. La silhouette trapue du PDG traverse sans un regard la petite cour de l'entreprise.
C'est l'heure.

Sabordage !

Posté le 18.02.2008 par ombredu10mai
Je vous avais laissé au pied du Mont Saint-Michel.
Souvent absent de ma base, j'ai depuis quelques jours délaissé cette page... il y a pourtant tant de choses à dire, tant d'événements et de souvenirs à déposer, tant d'analyses à mener. Parfois, la motivation me manque et ma plume serait tentée de rester solitaire. Sans les commentaires, sans réactions de votre part, cet exercice devient difficile... l'utilité du blog, c'est aussi le partage, l'échange.
Si je me suis engagé dans cette aventure de rétrospection, c'est pour témoigner, revenir sur les événements STURNO avec le soucis de revisiter des faits mais aussi des environnements tels que je l'ai laissé entendre dans mes premiers billets.
Une soixantaine de visites depuis le 8 janvier, ce n'est pas encourageant pour la poursuite d'un exercice que je souhaitais interactif.
Pourtant, il faut que je poursuive, d'une manière ou d'une autre pour continuer de relater cette journée du 7 octobre la mise en place des premiers piquets de grève, celle du 8 avec les premières réactions politiques faisant notamment référence à une éventuelle volonté de sabordage de l'entreprise par les patrons, les renforts de camarades venant de Poitou-Charentes le 9, les grandes manifestations organisées dès le 10, la solidarité des avranchinais puis l'intrusion dans le conflit de la fédération régionale du bâtiment et des travaux publics, les référés, la position de la justice, des pouvoirs publics, des politiques de droite et de gauche, le sabordage effectif de la STURNO...
Allez, bonne journée et ... à bientôt.

Au pied du Mont Saint Michel

Posté le 07.02.2008 par ombredu10mai
Niché au creux de la rue des grèves, la STURNO n'est pas encore réveillée. Au deuxième étage, une faible lueur. Le bureau du comptable est allumé. les comptables se lèvent toujours tôt.
Il est 7 heures et nous sommes le 7 octobre 1981. Le secrétaire général sera là vers 8 heures et le grand patron n'arrivera qu' à 9 heures 30, comme tous les matins, après avoir consulté le Moniteur du batiment et des travaux publics, s'être assuré que tout le monde est à son poste.
La concierge, qui loge sur place, donne un dernier coup de chiffon sur la poignée de laiton de la porte d'entrée.
J'arrive. Alain est déjà là. C'est jour de grève national et comme d'habitude, nous serons une poignée à répondre au mot d'ordre de la CGT pour les salaires, les conditions de travail, le pouvoir d'achat.
Avec du recul, et tout en écrivant ces mots, je me dis qu' au fond, peu de choses ont changé... les mots d'ordre des organisations syndicales sont les mêmes, les modes opératoires identiques.
Curieusement, personne n'est encore arrivé dans les ateliers. Les mécaniciens et les chauffeurs sont comme les comptables, ils arrivent tôt.
Alain en est sûr, ce jour ne sera pas comme les autres. Il parcourt les chantiers depuis des mois. Il en est certain, la colère est à son comble, les conditions de travail se sont considérablement détériorées, les cadences imposées au fond des tranchées cumulées aux conditions climatiques détestables en ce début d'automne... tout concourt à ce que ce matin ne soit un matin ordinaire.
Jean-Marc délégué syndical, arrive à son tour.
Il est 7 heures 30. Au bout de la rue, à peine visible dans cet épais brouillard, une dizaine de silhouettes... terrassiers, conducteurs d'engins, tuyauteurs et même le chef de chantier. L'équipe de Saint Hilaire du Harcouet est là.

A huit heures, ce sont cinq équipes qui n'auront pas rejoint les chantiers; peu après, dans cette impasse, au pied du Mont-Saint Michel, plus de cent travailleurs déterminés attendent de pied ferme le patron... ils ne retourneront pas au travail sans avoir négocié.
Maintenant, je sais qu'i va falloir y aller. Ce moment je le ressens encore aujourd'hui, comme si j'y étais, Je connais le PDG. Ce ne sera pas facile et ma vie, comme celle de nombreux camarades va basculer.
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