Posté le 31.01.2008 par ombredu10mai
Depuis le 8 janvier dernier, je vous invite à partager le voyage que j'ai débuté dans le passé des"STURNO".
Dans les 6 premiers billets, j'ai posé quelques jalons, quelques pistes, quelques cailloux blancs me permettant, vous permettant de suivre les cartes de route.
Dans les prochains messages, je serai plus chronologique et débuterai le récit des événements. Je continuerai à poser, avec le recul que donne le poids du passé et des ans, commentaires et réflexions.
Je reviendrai bien entendu sur cette "ombre du 10 mai" qui' me semble t'il a plané sur ce conflit, sur les conditions de vie et de travail à la STURNO, sur les positions du patronat, des politiques, des divers syndicats, avant, pendant et après la grève.
Peut-être que je me laisserai aller vers des eaux plus lointaines qui ont fait que ce jeune séminariste de la maîtrise épicospale de Bayonne a tenté de porter haut le drapeau de la dignité, a été condamné, avec 10 de ses camarades à des peines de prison consécutives à leur lutte. Je reviendrai sur les conséquences personnelles,syndicales et politiques qui font qu'après... on n'en sort indemne ni sur le plan familial, ni sur le plan professionnel...
Je reviendrai aussi sur les femmes et les hommes, adversaires ou partenaires, sur les amis fidèles et les traitres, enfin, sur ceux qui pensent comme moi, que dans les mêmes circonstances, je recommencerai, probablement differemment, mais sans regret.
Alors chers obivan, Alain, Jean-Marc, Rachel, Marc, et tous les autres qui m'ont contacté, je vous souhaite un bon voyage.
Et puis, pour éviter que je navigue en solitaire, n'hésitez-pas à me faire signe, à poser un commentaire, une réflexion, un complément.
PS. Pardon pour les quelques scories ici ou là (fautes de syntaxe ou d'ortographe).
Posté le 29.01.2008 par ombredu10mai
Avant de débuter une description chronologique des faits, ce qui m'est demandé par de plus en plus de contacts, je me suis toujours demandé si le 7 octobre et les trois semaines de conflit n'avait pas servi, derrière des considérations très politico-syndicales, à masquer une situation de l'entreprise dégradée, des choix stratégiques notamment en termes d'investissements peu prudents dans un conjoncture générale difficile. C'est du moins ce que laissait entendre le cabinet d'expertise mandaté par le comité d'entreprise dans ses conclusions après le dépôt de bilan.
Je ne suis ni comptable ni expert, mais il me semble que le déroulement des événements, la non réponse à des revendications somme toute peu couteuses et parfaitement justifiées, le choix du pourrissement du conflit, tout concourt au doute à ce sujet... peut-être la déclinaison des événements apportera-t'elle une réponse.
Pour ma part, cette thèse me parait crédible, même si elle ne fournit pas la totalité des réponses aux questions posées.
Posté le 25.01.2008 par ombredu10mai
Je l'ai retrouvé hier soir.
C'est un cahier "Clairefontaine" sur lequel j'avais couché en 1986, ce qui c'était passé entre le 7 octobre 1981, et le 24 mars 1983, date à laquelle je serai licencié après une longue traque, une véritable chasse à courre de 17 mois au cours de laquelle rien ne sera épargné aux principaux protagonistes, brimades, privations de travail, poursuites judiciaires, intimidations, tentatives de licenciements...
Ce conflit, devait, tant pour la CGT que pour le patronat, faire date, marquer pour les uns un coup d'arrêt à l'omnipuissance d'employeurs sans scrupules vis à vis de leurs salariés et pour les autres être un exemple de riposte et de répréssion de façon à éviter une quelconque contagion.
Il fût effectivement à la hauteur des ambitions des uns et des autres.
Les trois semaines de lutte se heurtèrent à une équipe de direction décidée à ne rien céder quitte à mettre la vie de l'entreprise en péril, une reprise du travail difficile et la mise en place de plans de licenciements massifs destinés à épurer en ne gardant que les éléments sains dans les équipes de travail.
Les conflits sont affaire de rapports de force... après la reprise de travail, les équipes se dispersérent dans la trentaine de départements d'origine des grèvistes... il fut facile de cibler et de tirer sur ces éléments isolés.
La CGT, connaissait la STURNO. Elle fut présente et active dans la lutte.... Elle ne put que constater au fil des mois de lassitude et parfois de découragement, le délitement des troupes.
J'ai toujours eu la certitude que le positionnement de ce conflit, dans un régistre strictement de rapports de force et de luttes de classes (Alain Duteil, secretaire de la CGT locale le proclama dès le premier jour), eût une influence non négligeable sur la position du patronat, dans l'entreprise et dans les instances syndicales.
Posté le 23.01.2008 par ombredu10mai
Entre miel et fiel ce dernier commentaire... ambigu mais fort bien écrit, c'est déjà celà.
Mais peut-être n'ai-je pas compris ? Je suis peu adepte de littérature chatiée.
Alors 29 ans, aujourd'hui à l'aube des 56.
Les années passent et la mémoire individuelle cherche à retrouver la mémoire collective, sans arrière pensée, sans rencoeur ni regret, avec la volonté de comprendre.
J'ai gardé un reseau d'amis, d'anciens STURNO, qui m'ont souvent sollicité pour temoigner, peut-être écrire... j'ai des contacts avec des enfants à qui les parents ont parlé de ces moments vécus rue des grèves, avant, pendant et après.
Pour ma part, le détail de mon cursus post STURNO serait long à décliner... aujourd'hui je travaille pour le service public.
PS. Je ne suis pas encore au fait de toutes les possibilités offertes par le blog, j'ai perdu votre excellent texte cher 10 mai 1981... pourriez-vous me le transmettre à nouveau ?
Merci.
Posté le 15.01.2008 par ombredu10mai
1981-2008.
Bientôt 27 ans.
27 ans que notes, photographies, coupures de journeaux, courriers accompagnent un journal de bord et une trame de livre.
A l'abri, tout ceci dort dans un grenier, dans l'attente d'un réveil probable, d'un réveil certain.
L'ampleur du mouvement, son inscription dans une actualité durable en cet automne 1981, sa nécessité historique en termes de positionnement des syndicats et des politiques, l'approche sociale, sociétale et sociologique non analysée à ce jour, tout peut témoigner pour une restitution des faits dans leur diversité et leur complexité, une restitution de la mémoire.
Posté le 14.01.2008 par ombredu10mai
Tyrannique et de choc, l'expression n'est pas de moi. Elle fut rapportée par la presse locale et attribuée à André Ropers, alors secrétaire du Parti Socialiste d'Avranches.
Cette expression, visait le PDG de la STURNO, que nombre de salariés voyaient ainsi.
Vrai ? faux ? exagéré ? les conditions de travail sur le terrain, ce que vivaient au quotidien les travailleurs, les pressions, les chantages à l'emploi, les cadences infernales, les risques à la sécurité... tout un ensemble de conditions de travail faisaient, de toute façon apparaitre le "patron" comme tel.
Les témoignages et les constatations qui remontaient auprès des délégués du personnel et du syndicat, ne laissaient aucun doute sur une réalité difficile à vivre sur les chantiers.
Posté le 08.01.2008 par ombredu10mai
[L'ombre du 10 mai...
Je me suis souvent interrogé sur l'impact que l'élection de François Mitterrand avait pu avoir sur le mouvement lancé par des centaines de canalisateurs, des travailleurs des fonds de tranchées, au creux de cette rue au nom prédestiné, la rue des grèves, le 7 octobre 1981.
Ce conflit, où les interêts de l'entreprise et ceux des travailleurs furent sacrifiés sur l'autel de confrontations politiques et de luttes de classes, pose la question de la légitimité que beaucoup de salariés et notamment les plus maltraités, tiraient de l'élection d'un président socialiste, élu sur un slogan aussi porteur et prometteur que "changer la vie".
Cette révolte, et le mot n'est pas trop fort, quand on connait le niveau d'exaspération des travailleurs de cette entreprise de travaux publics, allait summerger l'actualité locale, départementale et même régionale.
Avranches allait pendant 3 semaines, vivre au rythme des STURNO.
Alors que les flux de l'histoire ont rangé les archives de ces évenements, j'ai choisi d'intérroger ce passé volé à des travailleurs qui ont lutté légitimement pour leur dignité.